Montagne le plus haut du monde : mythe, records et vraies mesures

La question semble tranchée depuis des décennies : la montagne la plus haute du monde est l’Everest, 8 849 mètres au-dessus du niveau de la mer, à la frontière entre le Népal et la Chine. Mais cette réponse tient uniquement si on accepte une convention de mesure précise. Selon le critère retenu, deux autres sommets peuvent légitimement revendiquer le titre. Ce n’est pas un débat philosophique : c’est une question de géodésie appliquée.

L’altitude de l’Everest : une mesure officielle plus complexe qu’il n’y paraît

En décembre 2020, la Chine et le Népal ont conjointement annoncé une nouvelle altitude officielle pour l’Everest : 8 848,86 mètres. Cette valeur remplace les mesures nationales antérieures qui divergeaient, notamment parce qu’elles ne répondaient pas aux mêmes conventions.

Premier point concret : la mesure inclut la couverture neigeuse du sommet. Une mesure antérieure publiée par la Chine en 2005 visait la roche sous-jacente, ce qui donnait un résultat inférieur. Les deux valeurs ne se contredisent pas sur la forme de la montagne, elles répondent à des conventions différentes.

Deuxième point : le « niveau de la mer » utilisé comme référence n’est pas mesuré directement sous la montagne. Il s’appuie sur un géoïde calculé, un modèle mathématique de la surface des océans qui tient compte des variations de gravité terrestre. L’altitude de 8 848,86 m est donc une valeur rapportée à un système de référence international, pas une distance physique jusqu’à la mer la plus proche.

L’Everest continue par ailleurs de se soulever. Une étude publiée dans Nature Geoscience en septembre 2024 propose un mécanisme supplémentaire : l’érosion liée à la capture du drainage d’une rivière voisine aurait allégé localement la croûte terrestre, contribuant au soulèvement au-delà des seuls mouvements tectoniques habituels.

Géographe effectuant des mesures géodésiques avec un instrument GPS professionnel en haute montagne, illustrant les méthodes scientifiques modernes pour mesurer la hauteur des plus hauts sommets du monde

Chimborazo et Mauna Kea : quand le critère change le classement

Deux sommets battent l’Everest selon des critères de mesure alternatifs, chacun pertinent selon l’usage.

Distance depuis le centre de la Terre : le Chimborazo gagne

La Terre n’est pas une sphère parfaite. Elle est légèrement aplatie aux pôles et renflée à l’équateur. Le Chimborazo, volcan équatorien culminant à environ 6 263 mètres d’altitude, bénéficie de ce renflement. Son sommet se trouve plus éloigné du centre de la Terre que celui de l’Everest.

Une mesure GPS réalisée en 2016 a permis d’établir précisément cette distance. Le sommet du Chimborazo est le point de la surface terrestre le plus éloigné du centre de la planète. Si on définit « la plus haute montagne » par cette distance géocentrique, le Chimborazo l’emporte sur l’Everest avec plusieurs kilomètres d’avance.

Ce résultat est un fait géodésique. Il ne remet pas en cause l’altitude de l’Everest, il répond à une autre question.

Hauteur depuis la base : le Mauna Kea dépasse tout

Le Mauna Kea est un volcan bouclier situé sur l’île d’Hawaï. Son sommet culmine à environ 4 205 mètres au-dessus du niveau de la mer, ce qui le place loin derrière l’Everest dans les classements traditionnels.

Mais sa base repose sur le fond de l’océan Pacifique. Depuis cette base sous-marine jusqu’à son sommet, le Mauna Kea mesure environ 10 200 mètres. Mesuré depuis sa base, le Mauna Kea est la montagne la plus haute du monde, dépassant l’Everest d’environ 1 400 mètres.

Ce critère est particulièrement utilisé en géologie volcanique pour évaluer la masse et la puissance d’un édifice volcanique. Il ne correspond pas à ce que les alpinistes ou les cartographes mesurent, mais il est cohérent pour comparer des structures géologiques.

Pourquoi l’Everest reste la référence pour l’alpinisme et la cartographie

Face à ces alternatives, l’Everest conserve son statut pour des raisons pratiques et opérationnelles.

  • Le critère de l’altitude au-dessus du niveau de la mer est le seul universellement standardisé pour la navigation, la cartographie et les prévisions météorologiques. C’est ce système qui permet de comparer des sommets situés sur des continents différents.
  • Pour une expédition, l’altitude au-dessus du niveau de la mer détermine directement la pression atmosphérique disponible et donc la quantité d’oxygène. C’est le paramètre opérationnel central pour planifier une ascension en haute altitude.
  • L’accord sino-népalais de 2020 a unifié les mesures nationales divergentes, donnant à la valeur de 8 848,86 m une légitimité diplomatique et scientifique reconnue.

Les autres sommets de plus de 8 000 mètres dans l’Himalaya et le Karakoram

Derrière l’Everest, les sommets qui dépassent 8 000 mètres sont tous concentrés entre l’Himalaya et le Karakoram, résultat de la collision entre les plaques indienne et eurasiatique entamée il y a environ 50 millions d’années.

Le K2 (8 611 m), situé à la frontière entre le Pakistan et la Chine dans le Karakoram, est le deuxième sommet mondial. Le Kangchenjunga (8 586 m), à la frontière entre le Népal et l’Inde, complète le podium. Le Lhotse (8 516 m) et le Makalu (8 485 m) se trouvent dans le secteur immédiat de l’Everest.

Nulle part ailleurs sur Terre, ni dans les Andes, ni dans les Rocheuses, on ne trouve un seul sommet qui approche ces altitudes. L’Aconcagua, point culminant des Andes et des Amériques, plafonne à environ 6 961 mètres.

Lire une altitude : ce que le chiffre officiel ne dit pas

Un chiffre d’altitude officiel communique toujours une valeur rapportée à un système de référence. Pour l’Everest, ce système a évolué : les mesures réalisées avant l’ère GPS reposaient sur des triangulations géodésiques dont la précision et les références de base variaient selon les nations qui les effectuaient.

La mesure sino-népalaise de 2020 repose sur des instruments GPS et des données satellitaires, avec une correction du géoïde calculée selon les normes actuelles. C’est actuellement la mesure la plus précise disponible pour l’Everest. Elle n’est pas définitive au sens absolu : si les conventions de référence internationales évoluaient, ou si un soulèvement supplémentaire était constaté, la valeur publiée serait mise à jour.

Ce que cette mesure ne dit pas directement : la quantité d’oxygène disponible au sommet, la température, les conditions de vent, ou la difficulté technique de l’ascension. Ces paramètres varient selon la saison, l’itinéraire et les conditions météorologiques – et ce sont eux qui déterminent concrètement ce qu’une expédition doit anticiper.

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