
PUIS-JE ME RENDRE EN COLOMBIE EN TOUTE SÉCURITÉ ? C’est une question qui revient sans cesse. Difficile d’y échapper, surtout quand on annonce qu’on a choisi de s’installer en Colombie. Le moment est venu de mettre les points sur les i, d’apporter des éclairages précis et, surtout, de tordre le cou à quelques clichés fatigués.
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Medellín est-il violent ?
L’ombre de Pablo Escobar continue de hanter les conversations dès qu’on parle de Medellín, surtout chez ceux qui n’ont jamais mis les pieds en Colombie. Il faut dire que la série Narcos a laissé des traces… Mais la réalité d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec l’époque du narcotrafic roi : Pablo n’est plus là depuis 25 ans et la ville s’est métamorphosée.
Après près de deux ans à vivre ici, rien ne m’est arrivé sur le plan de la sécurité, pas une seule mauvaise expérience à signaler.
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Medellín bouillonne d’énergie et d’initiatives : restaurants chaleureux, festivals, concerts, événements à la pelle. Comme partout, certains quartiers sont plus accueillants que d’autres, surtout la nuit. Mais pour illustrer, il m’est arrivé de me rendre dans les famosas comunas, ces quartiers populaires souvent mal jugés, sans ressentir de malaise. La Comuna 13, l’une des plus célèbres, est devenue incontournable pour faire découvrir la ville à des amis de passage.
Un conseil évident : dans le centre-ville, à El Centro, gardez l’œil sur vos affaires. La foule attire les pickpockets, et le risque de se faire subtiliser son téléphone existe. Mais ce n’est pas bien différent d’un séjour à Barcelone le temps d’un week-end, ne nous mentons pas.
Il est vrai qu’en Colombie, la frontière entre la légalité et ce qui l’est moins peut paraître floue, la flexibilité est parfois de mise. Mais ce qu’il faut retenir, c’est que l’argent de la drogue n’a pas bâti la ville d’aujourd’hui. Le métro, par exemple, paraît flambant neuf alors qu’il a plus de vingt ans. Pour les paisas (les habitants de Medellín), ce métro n’est pas juste un moyen de transport, c’est le symbole de leur ouverture et de leur volonté d’aller de l’avant. Il a vu le jour à la période la plus sombre de la ville. Aujourd’hui, infrastructures, bibliothèques, musées et tramways irriguent même les quartiers les plus populaires, pour ouvrir l’accès à la culture et à l’éducation à tous.



Un chiffre parle de lui-même : en 1991, Medellín enregistrait 375 homicides pour 100 000 habitants. En 2015, le taux est passé à 25,9, le plus bas depuis quarante ans. Pour comparer, la Nouvelle-Orléans affichait un taux supérieur en 2015. Pourtant, personne ne s’inquiète vraiment avant d’y partir en vacances… Autre donnée : d’après SafeRound, Medellín obtient un indice de sécurité de 52,3 sur 100, à peine moins que Marseille qui culmine à 59,3. À garder en tête.
Tourisme sexuel et drogues
Il faut le reconnaître, Medellín attire de plus en plus de touristes, et certains débarquent pour de mauvaises raisons : consommer de la drogue ou chercher des aventures sexuelles sans aucun respect pour le pays. Il suffit de passer une soirée à Poblado pour le constater. Si telle est votre motivation, attendez-vous à une exposition accrue aux ennuis et à de mauvaises surprises. Je m’arrête là sur ce sujet.

Pour ma part, en deux ans à Medellín, aucun accroc. Mais deux amis à moi, tous deux hommes, ont eu la malchance de croiser la route de la scopolamine. Cette substance, invisible à l’odorat, peut vous transformer en automate en un souffle. Vous restez lucide, mais perdez tout contrôle sur vos actions. La technique est simple : ouvrir une carte sous votre nez, vous inhalez la poudre par inadvertance, et vous devenez malléable à merci. Cela s’est produit tard dans une boîte de nuit. Moralité : évitez de vous retrouver seul dans un club. En groupe, le risque s’évapore quasiment.

Autre paradoxe : malgré une présence moindre de dealers dans les rues, la surface de culture de coca a bondi de 52% en 2016 par rapport à l’année précédente, et la production de cocaïne a grimpé de 34%. Face à cela, l’ONU a lancé une nouvelle mission pour accompagner les ex-combattants des FARC dans leur réinsertion, dans l’espoir de consolider le processus de paix. Pendant des décennies, les FARC ont tenu des territoires où la culture de la feuille de coca prospérait. Des subventions sont censées aider les agriculteurs à se tourner vers d’autres cultures. On verra dans quelques années si cette transition porte ses fruits.
Puis-je voyager seul(e) en Colombie en tant que femme ?
Voyager en tant que femme impose forcément une vigilance accrue. Le sentiment de vulnérabilité, on ne peut pas toujours le balayer d’un revers de main. Mais en gardant la tête froide et en faisant preuve de bon sens, tout se passe généralement sans accroc. Pour ma part, je n’ai jamais rencontré de problème ici, pas plus qu’ailleurs.
J’emmène parfois mon ordinateur pour travailler dans les cafés, je rentre seule à pied le soir dans mon quartier, je garde mon téléphone à la main en journée… Ce ne sont pas des habitudes que je recommande à tout le monde. Sans doute que d’être petite, brune et de parler espagnol m’aide à passer inaperçue, à me fondre dans le décor. Mais cela montre bien que je vis ici comme je pourrais le faire à Paris, sans changer mon mode de vie. Si vous êtes grand et blond, mieux vaut éviter d’afficher votre téléphone dans la rue. Maîtriser l’espagnol facilite aussi les choses. Les chauffeurs de taxi partagent parfois des anecdotes saisissantes sur la période Escobar, mais j’attends toujours qu’ils prennent l’initiative d’aborder ce genre de sujet, par respect. Pour aller plus loin, voici 12 astuces qui vous donneront confiance pour oser partir seul(e) à l’aventure.

Voici quelques conseils pratiques pour se déplacer à Medellín en toute sérénité :
- Ne montrez pas ostensiblement vos objets de valeur : ici, « No dar papaya » signifie qu’il vaut mieux éviter d’attirer l’attention avec des bijoux, des appareils photo ou une tenue tape-à-l’œil, surtout dans le centre-ville.
- Adoptez le style local : un jean et des baskets, et vous passerez inaperçu. Les sandales sont largement tolérées, mais évitez les tenues excentriques.
- Ne vous engagez pas dans un quartier inconnu la nuit sans information préalable.
- La nuit, privilégiez les applications comme Cabify ou Beat pour commander un taxi, plutôt que de héler un véhicule dans la rue.
- En soirée, restez groupé dans les clubs, gardez un œil sur votre verre, et évitez de sortir seul.
Un autre point à garder en tête : si quelqu’un tente de vous dérober votre téléphone ou un objet dans la rue, ne cherchez pas à résister. Une amie a tenté sa chance et s’est retrouvée au sol, secouée, avec son pull troué, mais par chance sans autre conséquence. Ici, certains voleurs n’ont rien à perdre et n’hésitent pas à aller très loin. Mieux vaut perdre un objet que de prendre un risque inconsidéré.
Je ne dis pas que j’applique toutes ces règles à la lettre. Mais le danger n’a pas de frontières. Mieux vaut rester lucide, s’informer, prendre quelques précautions, et garder l’esprit ouvert, que de céder à la peur, que ce soit à Medellín ou n’importe où ailleurs.

Ce témoignage se concentre sur Medellín. D’autres villes en Colombie présentent des réalités différentes : Cali, par exemple, est réputée plus risquée. Certaines zones isolées, sur la côte Pacifique ou proches des frontières, sont déconseillées par France Diplomatie. Mais, en restant vigilant et en adaptant son comportement, l’aventure se vit pleinement et sans heurts.
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